Issue des Beaux-Arts de Rennes, puis d’un enseignement classique
à l’ École Supérieure des Arts Graphiques Estiennes-Paris,
Annie Robine a exercé pendant de nombreuses années
dans le domaine de la reliure classique.
Au fil du temps, son travail de recherche et de réflexion sur les matières
et les couleurs l’a conduite à des créations très personnelles où cohabitent cuirs,
peaux de toutes sortes, tissus, pierres, perles, ardoises, métaux, etc…
Elle rencontre le texte, se pénètre du poème, puis pense aux couleurs et matériaux
qu’elle va utiliser. Elle cherche des matières pour faire des assemblages,
des collages, pour créer une émotion ou pour surprendre, pour susciter l’élégance…

Jacky Essirard, 2006



Annie Robine, la reliure en liberté.
De la sobriété au baroque,

"Son amour de l’écriture, du texte et de la lecture, associé à sa formation aux Beaux-Arts,
conduit Annie Robine à utiliser les plats du livre comme supports de son expression artistique.
Elle n'a de cesse de sortir du carcan de l'académisme, préférant faire exploser les codes
de la reliure classique; elle explore des directions insoupçonnées, veillant à ce que chaque livre
soit pour elle une remise en question. En effet, avec une totale liberté d'esprit et un geste sûr,
elle utilise des matériaux très variés et souvent inhabituels, pour la couvrure comme pour le décor,
et on est frappé par la diversité de sa palette : du dépouillement à la surcharge,
de la peau nue, parfois estampée, à l’envahissement quasi baroque de l’espace des plats,
elle sculpte la matière…"

"Tout mon travail, mes recherches tendent vers un accord, une harmonie.
Il s’agit d’une quête incessante de matières, de formes, sans aucun interdit…
un refus de l’enfermement“, explique-t-elle.

Marie Akar (Art et Métiers du Livre, 2008)




Annie Robine, la vérité imprévue de la reliure.

Annie Robine est relieur, mais un relieur qui, si elle connaît les règles traditionnelles du métier
au point de se les soumettre, s’en écarte toujours au profit de la création.
Annie Robine est autant un créateur que plus précisément un relieur.
Néanmoins son attention et sa ferveur se portent sur le livre, il ne s’agit rien moins
que de l’accompagner, voire de le porter dans la lumière de son triomphe.
Chaque reliure d’Annie Robine, même la plus janséniste, fait penser à une fête,
jubilation baroque de l’éclat, grand moment de déploiement. En un mot une intimité
(celle du texte, celle de la sensibilité qui s’en empare) se porte résolument
au-dehors dans un épanouissement de fleur (soit de terre, soit de mer),
dans le risque d’une exhibition avouée jusque dans son extrême beauté de mystère…
Annie Robine est un relieur, sans doute l’un des plus intrigants de son temps
en ce qu’elle est la plus à distance des anciens et nouveaux académismes,
elle fait miroiter une différence qui est précieuse au regard, qui étincelle
ou rentre dans sa profondeur, elle n’est pas attendue, elle surgit d’un pays improbable,
celui de ses rêves et de ses désirs, elle lui rend ses contours,
elle est unique, elle est un relieur qui s’est projeté en avant : de la reliure
comme plus généralement de l’art.
Annie Robine est une artiste qui a fait de la reliure son medium,
son principe d’intervention. Par goût de l’imprimé et du sens intensément poétique des textes.

Elle serait à l’égal un sculpteur, un couturier, un peintre mettant en cause
son art par le collage, l’assemblage, les incrustations, un dessinateur jonglant
avec les couleurs, mais toujours et surtout quelqu’un qui prendrait en main la matière
pour la magnifier … Elle est éperdument novatrice, tant par la rigueur de sa conception
et de son exécution que par la sensualité de l’apparence qu’elle tient à donner aux choses.
Un relieur qui s’est avancé loin sur le chemin escarpé des impossibles.
Et qui tend la lumière de sa lampe prête à rebondir à chacune de ses tentatives
d’incarner le rêve, de le placer en excès.

Yves Peyré “Le livre sublimé“, 2012






Histoire de la reliure de création
Yves Peyré
La collection de la Bibliothèque Sainte-Geneviève

 

“Une nouvelle reliure, tout a fait inédite, fait son apparition au moment où les modernités s’élancent
sur les divers plans de la création. Tous les courants successifs contribuent à la préciser,
du japonisme à l’Art nouveau, de l’Art déco au fonctionnalisme, du surréalisme au constructivisme,
jusqu’aux intentions minimales et baroques des années 1980 et aux reformulations d’aujourd’hui.
On désigne ce type de reliure par reliure de création (ou reliure d’art) tant la reliure quitte désormais
le simple exercice d’un métier au profit d’un art à part entière...“

Y. Peyré

« Tout mon travail, mes « mises en scène », tendent vers un accord, une harmonie.
Il s’agit d’une recherche incessante de beauté… » A. Robine

Elle est membre des Amis de la Reliure d’Art (ARA),
et de l’Association Pour la Promotion des Arts de la Reliure (APPAR).
L’ARA et l’APPAR sont les deux associations qui organisent des expositions
et des événements internationaux autour de la reliure d’art, de la reliure de création.

Elle a monté et dirigé un cours de reliure à Saint-Malo pendant 15 ans,
puis crée l’Atelier Sainte-Anne à Rennes en 1997, et est également intervenante
auprès des écoles des Beaux-Arts de Rennes et d’Angers.